Emploi

Plan social qui part en premier : comment est fixé l’ordre des licenciements

Maxime
Maxime
septembre 4, 2026 6 min
Personne assise sur un banc, valise à côté, regardant vers l'horizon.

Quand une entreprise annonce un plan de sauvegarde de l’emploi, la première question qui traverse l’esprit des salariés reste la même : qui va partir en premier ? La réponse n’a rien d’arbitraire. Le droit du travail impose à l’employeur de suivre des règles précises pour établir l’ordre des licenciements, et ces règles s’appliquent à tous les postes concernés par le motif économique.

Qu’est-ce qu’un plan social (PSE) et qui est concerné ?

Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), longtemps appelé plan social, est un dispositif obligatoire dans les entreprises d’au moins 50 salariés lorsqu’un licenciement économique touche au moins 10 personnes sur une période de 30 jours. Il vise à limiter le nombre de départs et à accompagner ceux qui perdent leur emploi via des mesures de reclassement, de formation ou d’aide à la mobilité.

Dans le langage courant, on continue de parler de plan social pour désigner ces vagues de licenciements collectifs, même si le terme juridique exact est bien celui de PSE. Ce dispositif encadre non seulement le nombre de suppressions de postes mais aussi la manière dont l’employeur choisit qui garde son emploi et qui le perd.

Les 4 critères légaux obligatoires pour déterminer l’ordre des licenciements

La loi impose à tout employeur d’établir des critères d’ordre pour fixer qui part en premier lors d’un licenciement collectif. Ces critères, prévus par le Code du travail, sont au nombre de quatre et doivent tous être pris en compte, sauf accord collectif venant préciser leur application.

Ancienneté dans l’entreprise

L’ancienneté figure parmi les critères les plus déterminants. Plus un salarié a passé d’années dans l’entreprise, plus il bénéficie théoriquement d’une protection contre le licenciement. Ce critère reconnaît l’investissement du salarié et son attachement à la structure, mais il n’est jamais utilisé seul.

Charges de famille

Les charges de famille pèsent aussi dans la balance : un salarié parent isolé ou ayant des enfants à charge sera généralement mieux protégé qu’un collègue sans charge familiale équivalente. Ce critère traduit une volonté de limiter l’impact social du licenciement sur les foyers les plus vulnérables.

Situation sociale des salariés

La situation sociale englobe des éléments comme le handicap, l’âge avancé rendant la réinsertion professionnelle plus difficile, ou encore une situation personnelle particulièrement fragile. Ce critère permet de protéger les salariés qui auraient le plus de mal à retrouver un emploi rapidement.

Qualités professionnelles

Les qualités professionnelles évaluent les compétences, l’expérience et la performance du salarié. C’est souvent le critère le plus contesté, car il laisse une marge d’appréciation à l’employeur, notamment via les entretiens annuels ou les évaluations passées.

Comment l’employeur applique et pondère les critères d’ordre

Gestionnaire analysant grille evaluation avec baremes ponderations

L’employeur ne peut pas choisir un seul critère : il doit tous les prendre en compte, mais il a la possibilité de les pondérer différemment selon un système de points. Cette pondération des critères peut être fixée unilatéralement par l’employeur ou négociée dans un accord collectif avec les organisations syndicales.

Concrètement, chaque critère se voit attribuer un nombre de points, et le salarié totalisant le score le plus faible sera généralement le premier concerné par le licenciement. Un exemple courant : 2 points par année d’ancienneté, 2 points par enfant à charge, jusqu’à 4 points pour une situation de handicap, et une notation de 1 à 4 pour les qualités professionnelles. Le total obtenu classe alors les salariés du poste concerné.

CritèreExemple de pondération
Ancienneté2 points par année
Charges de famille2 points par enfant à charge
Situation socialeJusqu’à 4 points (handicap, âge)
Qualités professionnellesNotation de 1 à 4 points
Ce que dit la loi sur la pondération

L’employeur peut fixer librement le poids de chaque critère, à condition de ne jamais en négliger totalement un. Un accord collectif signé avec les représentants du personnel peut imposer une répartition différente, souvent plus favorable aux salariés.

Profil type des salariés qui partent en premier lors d’un plan social

En pratique, les salariés les plus exposés sont souvent ceux ayant peu d’ancienneté, sans charge de famille, et dont les évaluations professionnelles sont moyennes ou en retrait par rapport à leurs collègues. Un salarié récemment embauché, célibataire et sans enfant, cumule statistiquement moins de points que ses collègues plus anciens ou avec des charges familiales lourdes.

Ce mécanisme explique pourquoi les jeunes recrues et les intérimaires transformés en CDI depuis peu figurent fréquemment parmi les premiers touchés. À l’inverse, un salarié avec quinze ans d’ancienneté, trois enfants et une évaluation professionnelle solide aura statistiquement moins de risques d’être visé par le licenciement économique.

Vos droits : information, contestation et recours en cas de litige

Avant toute mise en œuvre du plan, l’employeur doit informer et consulter le comité social et économique (CSE). Les représentants du personnel examinent les critères retenus, leur pondération, et peuvent demander des explications ou des ajustements avant validation.

Un salarié qui estime avoir été licencié à tort peut engager une contestation devant le conseil de prud’hommes. Il peut aussi solliciter l’inspection du travail, qui vérifie la régularité de la procédure et le respect des critères d’ordre. Si l’employeur n’a pas appliqué correctement les critères légaux, le licenciement peut être jugé sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à des dommages et intérêts.

Mesures d’accompagnement et indemnités prévues par le PSE

Au-delà de l’ordre des départs, le PSE prévoit des mesures concrètes pour limiter l’impact du licenciement. Le salarié licencié perçoit une indemnité de licenciement légale ou conventionnelle, souvent majorée dans le cadre d’un plan social par rapport au minimum légal.

Des dispositifs de reclassement interne ou externe sont proposés, parfois accompagnés d’un accompagnement professionnel personnalisé ou d’un programme d’outplacement pour faciliter le retour à l’emploi. Ces mesures, financées par l’employeur, visent à réduire la durée du chômage et à sécuriser la transition professionnelle des salariés concernés par le motif économique.

Maxime
Ecrit par

Maxime

Maxime est rédacteur spécialisé en finance, immobilier et assurance depuis plus de 10 ans. Diplômé d'une école de commerce, il a évolué dans le secteur bancaire avant de se consacrer à l'écriture. Passionné par la vulgarisation économique, il accompagne les lecteurs dans leurs décisions patrimoniales avec des analyses claires, fiables et accessibles à tous.

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